Il sait tout d’avance
Découvert à l’âge de douze ans par un membre discret de la Fondation Opale, Viktor Kane n’avait rien du prodige tapageur.
Silencieux, méthodique, avec ce regard un peu trop fixe pour son âge, il observait bien plus qu’il ne parlait.
Ce qui frappait d’abord, c’était sa mémoire anormale, non pas celle qui récite des dates, mais celle qui reconstruit les schémas, décrypte les tensions, isole les ruptures de rythme.
Dès son arrivée à Opale, il n’a jamais vraiment “pris sa place”.
Non pas un voyant. Pas un médium.
Il s’est simplement fondu dans l’environnement, comme une pensée qu’on n’a pas encore formulée, et qui pourtant oriente les choix.
Il n’impose pas ses avis, il les dépose doucement. Il ne dirige personne, mais repositionne subtilement les trajectoires. Il ne cherche ni reconnaissance, ni contrôle.
Il observe, recoupe, conseille, anticipe.
Sa force réside dans la prévention : il repère les failles avant qu’elles ne s’ouvrent, sent les glissements avant qu’ils ne deviennent des fractures. Là où d’autres ne voient rien, lui perçoit déjà l’ombre d’un risque, et c’est souvent grâce à lui que le pire n’a pas lieu.
Son talent au sein de la Fondation a vite été acté : Visionnaire.

